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Les vestiges du temple de Ta' Hagrat à Mgarr, au nord de Malte, avec ses montants en calcaire visibles dans un cadre rural tranquille

Les temples maltais que personne ne visite : Ta' Ħaġrat, Skorba et Borġ in-Nadur

Les trois sites mégalithiques méconnus que la plupart des voyageurs ignorent. Pourquoi y aller, ce qu'on y voit, et ce que l'archéologie révèle au-delà de Hagar Qim et Ggantija.

Tout visiteur de Malte ayant un intérêt même superficiel pour l’archéologie connaît Hagar Qim, Mnajdra, Ggantija et l’Hypogée. Ce sont les quatre sites néolithiques majeurs, tous inscrits à l’UNESCO, tous dotés de centres d’accueil, d’audioguides et de tarifs d’entrée allant de 6 à 40 €. Ce sont aussi quatre des sept sites de temples ayant le statut UNESCO. Le dossier plus large Megalithic Malta pose le contexte chronologique.

Les trois autres (Ta’ Ħaġrat, Skorba et Borġ in-Nadur) sont visités par environ cinq pour cent des voyageurs qui voient les quatre sites célèbres. Ils sont plus petits, moins aménagés pour le tourisme et, à première vue, nettement moins impressionnants. Mais chacun apporte quelque chose que les quatre sites célèbres n’offrent pas, et un voyage maltais sérieusement axé sur l’archéologie gagne à en inclure au moins un.

Voici ce qu’ils sont, où les trouver et ce à quoi s’attendre.

Ta’ Ħaġrat (Mġarr, nord de Malte)

Un petit complexe de temples à la périphérie ouest du village de Mġarr, au nord de Malte, datant de la phase ancienne de Mġarr du néolithique maltais (environ 3600-3200 av. J.-C.). Deux temples adjacents, le plus grand au nord, le plus petit au sud, tous deux construits selon le plan tréflé standard que les grands temples ultérieurs (Hagar Qim, Mnajdra, Tarxien) allaient raffiner.

Ce qui rend Ta’ Ħaġrat intéressant, c’est qu’il est l’un des premiers sites montrant le plan de temple pleinement développé. La disposition en trèfle, le trilithon d’entrée, les dalles de calcaire sculptées, les niches intérieures : tous ces éléments sont présents sous leur forme basique. Les grands temples ultérieurs sont des versions raffinées de ce qui était déjà élaboré à Ta’ Ħaġrat.

Le site est petit (environ 30 mètres de long sur 20 de large). La visite prend 30 à 45 minutes. Il y a un petit centre d’accueil avec une brève exposition introductive, mais pas d’audioguide. Entrée 3 €. Les horaires d’ouverture sont réduits (généralement 09h00-16h00, fermé le lundi), et le site est parfois sans personnel même durant les heures affichées ; les grilles sont déverrouillées mais personne n’est sur place.

Comment s’y rendre : en voiture jusqu’au village de Mġarr au nord de Malte (à ne pas confondre avec le port de Mġarr à Gozo). Le temple est indiqué depuis la route principale qui traverse le village. Bus #44 depuis La Valette jusqu’à Mġarr, puis 10 minutes à pied.

Ce qu’il apporte : une idée du plan de temple dans sa forme précoce. Si vous avez déjà vu Hagar Qim et Mnajdra, Ta’ Ħaġrat est la version chronologiquement antérieure qui les rend plus compréhensibles.

Skorba (Żebbiegħ, nord de Malte)

Un site complexe à 2 km à l’ouest de Ta’ Ħaġrat, avec deux phases d’occupation couvrant plus de 3 000 ans. La phase ancienne (environ 4500-4100 av. J.-C.) précède la période des temples proprement dite et inclut l’un des plus anciens villages néolithiques stratifiés de Méditerranée centrale. La phase ultérieure (environ 3400-3000 av. J.-C.) a ajouté deux temples au-dessus des vestiges du village ancien.

Cette combinaison est unique. À Skorba, on voit le même site utilisé comme village domestique au néolithique ancien, puis réaménagé en centre cérémoniel durant la période des temples, puis partiellement réutilisé à l’âge du bronze. La stratigraphie est l’exemple unique le plus clair de la façon dont la culture des temples a émergé d’une culture villageoise agricole antérieure.

Les vestiges eux-mêmes sont moins visuellement frappants que Ta’ Ħaġrat (l’architecture des temples à Skorba est partiellement détruite ; les restes du village sont des lignes de fondation plutôt que des pierres dressées). Mais le récit archéologique est le plus fort de tous les sites maltais.

Le site est petit, indiqué, avec un panneau d’information minimal sur place. Il n’y a pas de centre d’accueil avec personnel. Entrée 3 €, souvent sans surveillance ; les grilles sont accessibles durant les heures raisonnables.

Comment s’y rendre : en voiture jusqu’au village de Żebbiegħ, puis courte marche le long de Triq Skorba. Bus #44 jusqu’à Mġarr, puis 20 minutes à pied depuis le village.

Ce qu’il apporte : le lien visible le plus fort entre la culture des temples et ce qui l’a précédée. Pour quiconque a vu les sites de temples plus aboutis, Skorba est l’explication de la façon dont le plan de temple a émergé de pratiques agricoles antérieures.

Borġ in-Nadur (Birżebbuġa, sud de Malte)

Un site de la phase tardive des temples sur la côte sud, dans la ville moderne de Birżebbuġa près du port de marchandises. Le temple néolithique a été construit vers 2700 av. J.-C., dans la phase finale de construction des temples à travers l’archipel.

Ce qui rend Borġ in-Nadur distinctif, c’est l’occupation de l’âge du bronze qui a suivi. Après l’effondrement de la culture des temples vers 2500 av. J.-C., un village de l’âge du bronze s’est établi sur le même site, avec un mur défensif bâti autour de l’ancien temple. Les styles de poterie de l’âge du bronze (provenant d’ailleurs en Méditerranée) apparaissent immédiatement au-dessus des couches de la période des temples.

C’est le site le plus clair pour comprendre la transition de la culture des temples vers l’âge du bronze. Le temple était la dernière grande construction d’une culture sur le point de disparaître ; le village au-dessus était un peuple différent s’installant (ou la même population adoptant un modèle culturel différent ; les preuves génétiques et matérielles sont mitigées).

Les vestiges sont partiellement fouillés et visibles. La fondation du temple est claire en plan ; le mur du village de l’âge du bronze est identifiable mais moins complet. Le site est ouvert mais sans surveillance ; il y a un petit panneau d’information non gardé.

Comment s’y rendre : en voiture jusqu’à Birżebbuġa. Le site est indiqué depuis le centre-ville. Bus #82 ou #210 jusqu’à Birżebbuġa, puis 15 minutes à pied à travers la ville.

Ce qu’il apporte : le seul site maltais où l’âge du bronze post-temples est visible. Pour les voyageurs intéressés par la question « qu’est-il arrivé après la culture des temples », c’est l’endroit pour voir la réponse physique.

Pourquoi ces sites valent la visite

Aucun de ces trois sites n’est impressionnant au sens marketing touristique. Ils sont plus petits, moins aménagés et demandent plus d’imagination que les quatre sites célèbres. Pour la plupart des voyageurs, ils sont facultatifs.

Mais pour les voyageurs réellement intéressés par le néolithique maltais, chacun ajoute une couche que les quatre sites célèbres n’offrent pas :

  • Ta’ Ħaġrat ajoute la phase de développement précoce du plan de temple.
  • Skorba ajoute la culture villageoise agricole pré-temples.
  • Borġ in-Nadur ajoute la transition vers l’âge du bronze post-temples.

Ensemble, les sept sites UNESCO racontent le récit archéologique complet du néolithique et de l’âge du bronze maltais. Les quatre sites célèbres sont les sommets visuels ; les trois sites méconnus sont le tissu conjonctif.

Un itinéraire pratique d’une journée archéologique

Pour une visite maltaise sérieuse axée sur l’archéologie (un ou deux jours), l’ordre à envisager :

Journée intensive :

  • 09h00-10h00 : Skorba (la couche la plus ancienne).
  • 10h30-11h30 : Ta’ Ħaġrat (le temple ancien).
  • 12h00-13h30 : déjeuner dans le village de Mġarr.
  • 14h00-16h00 : Hagar Qim et Mnajdra (les grands temples tardifs).
  • 16h30-17h30 : temples de Tarxien (les temples tardifs les plus sculptés).
  • 18h00-19h00 : Musée national d’archéologie à La Valette (les artefacts).

C’est une sérieuse journée archéologique de 9 heures. On voit le développement du plan de temple chronologiquement (Skorba → Ta’ Ħaġrat → Hagar Qim/Mnajdra → Tarxien) plus les artefacts originaux à La Valette. L’Hypogée est exclu car les billets sont trop difficiles à intégrer dans un plan le jour même ; réservez séparément si possible.

Version deux jours ajoute :

  • Jour 1 : Skorba, Ta’ Ħaġrat, Ggantija à Gozo (traversée en ferry).
  • Jour 2 : Hagar Qim et Mnajdra, Borġ in-Nadur, Tarxien, l’Hypogée (si billets), le musée.

Le paragraphe honnête

La plupart des visiteurs de Malte ne devraient pas s’embarrasser des trois sites de temples méconnus. Les quatre célèbres suffisent pour une impression générale. Mais pour les voyageurs ayant un véritable intérêt archéologique (et il y en a plus que ne le suppose le discours moyen des tour-opérateurs), ajouter au moins un des sites secondaires est ce qui transforme une visite touristique en visite sérieuse. La récompense n’est pas visuelle ; elle est conceptuelle. On quitte le pays en comprenant le néolithique maltais comme une culture qui a grandi, atteint son apogée et disparu sur 2 500 ans, avec un enregistrement chronologique et matériel clair. Cette compréhension est réellement rare parmi les destinations préhistoriques européennes, et Malte est l’endroit pour l’acquérir.

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