La Valette est la plus petite capitale de l'UE, et cela se voit. Moins d'un kilomètre de long, fortifiée sur trois côtés, bâtie sur une dalle de calcaire au-dessus du Grand Port : on la traverse à pied en vingt minutes. De l'autre côté de l'eau se trouvent les Trois Cités (Birgu, Senglea et Cospicua), les anciennes communautés portuaires où logeaient les Chevaliers avant que La Valette n'existe. Ensemble, elles forment une seule région compacte que la plupart des voyageurs sous-exploitent, traitant La Valette comme une halte de demi-journée et ignorant le port. L'argument pour y passer plus de temps est simple : c'est ici que l'histoire maltaise est dense, praticable à pied et largement en extérieur.
La première chose à comprendre sur La Valette, c’est l’échelle. La péninsule mesure environ 900 mètres de long sur 600 mètres de large. Placez-vous à la fontaine du Triton près de la porte de la ville, regardez en bas de Republic Street, et vous voyez presque jusqu’à l’autre extrémité. Pas besoin de petit train touristique, de bus panoramique, ni de visite guidée à pied. Toute la ville est la visite.
Construite par les Chevaliers de Saint-Jean après le Grand Siège de 1565, La Valette fut conçue comme une forteresse qui serait aussi une cité Renaissance. Le quadrillage est exceptionnellement régulier pour une capitale méditerranéenne : rues droites, se coupant à angle droit, nommées d’après les principales auberges des Chevaliers. Le calcaire globigerina couleur miel, les balcons fermés en bois (gallarija), les longs escaliers de pierre calcaire qui descendent vers l’eau des deux côtés : voici l’une des vieilles villes architecturalement les plus cohérentes d’Europe.
Elle est aussi véritablement habitée. Environ 5 800 personnes dorment intra-muros. C’est assez petit pour que la boulangerie d’Old Theatre Street connaisse ses habitués, et assez grand pour croiser des écoliers en allant à Saint-Jean. Les paquebots de croisière accostent directement sous les bastions et déversent leurs passagers entre 09h00 et 17h00 environ, ce qui est le seul moment où la ville paraît bondée. Passez-y la nuit et vous aurez l’endroit à l’aube et après dîner avec les résidents.
Que faire à La Valette
Une séquence de marche pratique, du nord au sud, qui exploite la gravité en votre faveur et se termine avec le coucher de soleil sur le Grand Port.
Republic Street, l’artère principale, traverse toute la ville de la fontaine du Triton au fort Saint-Elme. Elle est piétonne, bordée de façades calcaires, et croisée par Merchants Street qui court parallèlement. Prenez Republic à l’aller, Merchants au retour, et vous aurez vu la plupart des bâtiments publics.
La co-cathédrale Saint-Jean est l’intérieur à voir en premier à Malte. Assez simple à l’extérieur (les Chevaliers la voulaient discrète) et entièrement couverte de dorures sculptées et de pierres tombales en marbre incrusté à l’intérieur. Les deux Caravage sont dans l’oratoire adjacent à la nef : La Décollation de saint Jean-Baptiste (1608, la plus grande toile que Caravage ait jamais peinte et la seule qu’il ait signée) et Saint Jérôme écrivant. Réservez en ligne (15 €, audioguide compris), arrivez à l’ouverture ou après 15h00, et prévoyez au moins 90 minutes. Le code vestimentaire est strictement appliqué : pas de short, pas d’épaules nues. On vous prête des vêtements de couverture si vous oubliez.
Les jardins d’Upper Barrakka sont la vue carte postale du Grand Port. Ils sont situés au sommet du bastion Saint-Pierre-et-Saint-Paul dominant le Grand Port, avec les Trois Cités directement en face. À midi et à 16h00 tous les jours, la batterie de salut sous les jardins tire un coup de canon cérémoniel. C’est un vestige de l’époque britannique, désormais attraction payante (3 € si vous voulez descendre à la batterie ; gratuit si vous regardez depuis les jardins au-dessus).
Le fort Saint-Elme et le musée national de la Guerre, à la pointe de la péninsule, couvrent le siège de 1565 et le blocus de Malte en 1942. La section 1942 est la meilleure moitié. Malte fut l’endroit le plus bombardé au monde cette année-là, et la Croix de George décernée à l’île entière est exposée. Prévoyez deux heures. Passez votre tour si l’histoire militaire ne vous intéresse pas ; c’est un musée sérieux, pas un site touristique.
Casa Rocca Piccola est un palais du XVIe siècle toujours habité près de Saint-Jean. L’actuel marquis de Piro fait visiter aux visiteurs sa propre maison, y compris la cave à vin familiale (devenue abri anti-aérien pendant la guerre) taillée dans le calcaire en contrebas. C’est le meilleur aperçu conservé de la vie réelle de la noblesse maltaise. Visites toutes les heures, 9 €.
Le théâtre Manoel est l’un des trois plus anciens théâtres en activité d’Europe (1731), accueille encore des représentations, et propose des visites bon marché quand la scène est libre. Si vous pouvez assister à un concert de musique de chambre ici, faites-le.
Passez le petit train touristique style téléphérique, les tours en hors-bord du port qui filent devant les bastions sur fond de musique tonitruante, et la plupart des boutiques de souvenirs de Republic Street (la sculpture calcaire est produite en masse ; la dentelle est presque toute importée de Chine). Les choses fabriquées à Malte qui valent l’achat sont le filigrane d’argent (Sciortino sur Old Theatre Street est le survivant), le fromage de Gozo du marché, et le miel de fleur d’oranger de Mellieħa, dont aucun n’a besoin de venir de La Valette.
Que faire dans les Trois Cités
Les Trois Cités sont Birgu (aussi appelée Vittoriosa), Senglea (L-Isla) et Cospicua (Bormla), disposées le long du côté sud du Grand Port. C’est la Valette des locaux : même calcaire, même baroque, même front de mer, beaucoup moins de croisiéristes. La plupart des voyageurs y passent une demi-journée. Une journée complète est plus juste.
Birgu / Vittoriosa fut la première base des Chevaliers à leur arrivée en 1530, avant la construction de La Valette. Le front de mer médiéval, le Collachio (le quartier fortifié où les chevaliers logeaient par groupe linguistique), et le fort Saint-Ange à la pointe de la péninsule en sont le cœur. Le fort Saint-Ange coûte 10 € et inclut la section supérieure que les Britanniques utilisaient comme base navale. La vue depuis le rempart est sans doute meilleure qu’Upper Barrakka, avec en prime moins de monde.
Le palais de l’Inquisiteur à Birgu a abrité l’Inquisition romaine à Malte pendant plus de deux siècles. Les cachots et la salle d’audience sont intacts. 6 €, bien documenté, prend une heure.
Senglea est surtout résidentielle, et la raison d’y aller à pied est les jardins de Gardjola à la pointe, avec la célèbre tour de guet en calcaire sculptée d’un œil, d’une oreille et d’une grue (les symboles de vigilance). Tenez-vous là au coucher du soleil, regardez en face vers Birgu et en arrière vers La Valette, et vous comprenez pourquoi les Chevaliers ont fortifié ce coin de Méditerranée à ce degré.
Cospicua est la plus grande des trois, populaire, avec des chantiers navals le long du port intérieur. La zone du dock est en cours de réaménagement et constitue actuellement un mélange d’entrepôts restaurés, de marinas et de zones brutes. C’est là qu’on trouve un pastizz bon marché au comptoir plutôt qu’un menu touristique.
Se déplacer entre La Valette et les Trois Cités
Trois moyens de traverser le Grand Port, par ordre décroissant de charme :
- Taxi-bateau traditionnel dghajsa depuis Lascaris Wharf sous Upper Barrakka. Les barques maltaises peintes de couleurs vives (descendantes directes des esquifs de pêche phéniciens) coûtent 2 € par personne l’aller simple. La moitié de l’expérience est la traversée elle-même. Ils fonctionnent sur demande d’environ 09h00 à 18h00.
- Ferry de banlieue public depuis le même quai vers Birgu. Plus rapide, 1,50 €, passe toutes les 30 minutes du petit matin à tard le soir. Utilisez-le si la file d’attente du dghajsa est longue.
- Par la route via la péninsule de Marsa, un détour de 6 km autour de la tête du port. Un Bolt de La Valette à Birgu coûte environ 8 €. Ne faites ceci que si vous transportez des bagages.
Où dormir
Les arguments pour dormir dans La Valette sont solides : elle est assez petite pour en sortir à pied, l’éclairage de rue est théâtral après la tombée de la nuit, et la foule des croisières s’évapore après dîner. Les arguments contre sont le prix (les hôtels-boutiques intra-muros font en moyenne 180–300 €/nuit en demi-saison) et l’accès automobile limité si vous conduisez dans le reste de l’île.
Birgu est l’alternative sur laquelle se rabattent la plupart des visiteurs réguliers après un premier voyage. Les boutiques dans les palais restaurés y tournent autour de 130–200 €/nuit, la vue sur le port est aussi bonne, et vous êtes à 2 € de ferry de La Valette proprement dite.
Une comparaison détaillée figure sur la page où-dormir de cette région.
Combien de temps rester
Deux nuits à La Valette est le minimum. Moins que ça et vous ne voyez l’endroit que pendant les heures de croisière. Trois nuits vous donnent une journée complète sans précipitation pour Saint-Jean et la co-cathédrale, une journée complète pour les Trois Cités, et une demi-journée pour soit une excursion à Mdina soit rester sur place et marcher les bastions. Quatre nuits commence à sembler lent sauf si vous avez des intérêts spécifiques (un cours au théâtre Manoel, plusieurs musées, un regard approfondi sur les églises baroques).
Si votre voyage complet à Malte dure cinq jours ou moins, deux nuits ici plus le reste réparti entre Gozo et une troisième base est le schéma standard. Si c’est une semaine ou plus, trois à quatre nuits ici est raisonnable.
Et Floriana ?
Floriana est la petite banlieue fortifiée entre la porte de la ville et la gare routière. Techniquement une ville distincte, pratiquement une continuation de La Valette. The Mall, les jardins botaniques Argotti et l’hôtel Phoenicia s’y trouvent. C’est là que s’arrêtent les bus longue distance, donc vous la traverserez que vous le vouliez ou non. Vaut une balade latérale ; pas une destination en soi.
Le paragraphe honnête
La Valette est un de ces petits endroits qui survit au tourisme de masse parce que les croisiéristes de la journée s’engouffrent tous dans les deux mêmes rues et sautent tout le reste. Si vous dormez sur place et marchez les rues latérales (Strait Street, Old Theatre Street, les ruelles autour des bastions inférieurs), vous aurez une expérience qui n’a rien à voir avec l’artère boutique-souvenirs de Republic Street. Les Trois Cités sont encore dans la phase semi-découverte qu’était Birgu il y a vingt ans. Allez-y maintenant, pendant qu’un café sur le front de mer de Birgu coûte encore 2 € et que les marins du dghajsa se connaissent tous.